Salah Al Hamdani

Salah Al Hamdani a vécu en Irak jusqu’à l’âge de 23 ans. Ouvrier dès l’âge de 7ans, il travaille durant toute son enfance chez différents artisans, se bagarre volontiers avec les enfants du quartier et s’engage dans l’armée irakienne à l’âge de 17 ans pour subvenir aux besoins d’une famille nombreuse et modeste. Il fréquente peu l’école, n’apprenant l’Arabe moderne qu’en prison politique avec les prisonniers chiites, communistes ou nationalistes, tous des intellectuels opposants à la dictature baassiste. Il découvre la poésie sur les murs de sa prison et se met à écrire. Après une période de torture et une rétention de 8 mois pour complot avec un groupuscule de gauche contre le parti Baas, il est libéré et radié de l’armée. Errant sans travail à Bagdad, condamné au chômage suite à son séjour en prison, il doit rester à l’écart de sa famille qui redoute déjà des représailles. Il habite alors dans le quartier populaire Al Maidan du centre de Bagdad. Il traîne jusque tard dans la nuit, dans les cafés de la rue Al Rachid, endroits fréquentés par des jeunes de la bourgeoisie irakienne imprégnés des influences culturelles occidentales de l’époque. Il découvre ainsi Albert Camus dont il lit le roman L’étranger, lecture qui décidera de son avenir. En échange d’un peu d’argent, il rédige aussi des lettres d’amour pour aider ses jeunes amis moins doués à conquérir des cœurs. Après avoir essuyé de nombreuses agressions par les milices baassistes qui le persécutent, il échappe de justesse à une tentative d’assassinat et certains lui conseillent en 1974, de partir à l’étranger en exil. Il choisit la France qui, pour lui, est avant tout le pays de son modèle Albert Camus. Une autorisation de sortie du pays lui est paradoxalement accordée grâce au frère - bien placé au parti Baas !- du jeune homme qui a voulu le tuer et dont il s’est depuis, fait un ami. Salah Al Hamdani arrive donc clandestinement en France après un voyage en train à travers la Turquie, totalement démuni. Il doit trouver seul une adresse, sans connaître aucun mot de français, ne parlant et ne lisant que l’arabe. Il relate cet épisode étrange dans la nouvelle Le quarante quatre1. Quatre ans plus tard, il est marié et monte sur les planches du Théâtre National de Chaillot pour interpréter le rôle d’Enkidou, personnage principal, dans une adaptation de l’Epopée de Gilgamesh de Victor Garcia, mise en scène qui fera date dans l’histoire du théâtre d’auteur. Cette ascension fulgurante et improbable ne l’empêche pas de continuer à militer contre Saddam Hussein avec d’autres démocrates exilés en France, et d’écrire de la poésie dans la douleur et la solitude de la perte des liens. Impétueux, rebelle, anti-Saddam Hussein et dévoué à la cause kurde, il perd à plusieurs reprises l’occasion de se faire une place confortable dans le milieu du théâtre et du cinéma. Il commence à écrire des nouvelles et des récits en 1996 alors qu’il se sépare de sa deuxième femme. Il a déjà laissé de côté sa carrière trop irrégulière de comédien et de metteur en scène. La nouvelle Une vie entre parenthèse paraît tout d’abord en arabe dans un journal de l’opposition irakienne à Londres et bouleverse plusieurs hommes de théâtre irakiens exilés. Cette nouvelle sera mise en scène en Hollande puis publiée avec d’autres récits en Syrie en 1997 aux éditions Al Mada, non sans quelques modifications de la censure… Le livre reste interdit en Irak à cette époque. Par la suite, certaines nouvelles seront traduites en français et publiés sous le titre Le cimetière des oiseaux par les éditions de l’Aube en 2003. Mais cette année là, le 29 mars, Salah Al Hamdani est agressé avec sa nouvelle compagne dans une manifestation anti-guerre et lynché par un groupe de vingt arabes pro Saddam : des irakiens, des maghrébins et des palestiniens, exhortés par un responsable de l’Association des Irakiens de France qui avait lancé le premier coup de poing2. Le même jour, le journal l’Humanité Dimanche publie pourtant un long poème de Salah intitulé Bagdad mon amour, repris ensuite sur Internet par de nombreux sites pro palestiniens. Salah a toujours soutenu les droits du peuple palestinien. Tandis que Saddam Hussein payait les familles de kamikazes palestiniens, Salah militait pacifiquement en jouant Kofor Shama avec la troupe El Hakawati de Jérusalem. Cette attaque fasciste sur un trottoir de Paris l’a meurtri profondément, lui le défenseur des droits de l’homme, attaqué par ses propres frères. Enfin le 9 avril 2003, Saddam Hussein s’enfuit, ses statues tombent. Blessé dans le corps et dans l’âme par son agression, désemparé comme les autres exilés de la disparition trop soudaine de leur persécuteur, Salah Al Hamdani tergiverse sur son retour en Irak. Comment va-t-on l’accueillir ? Au premier appel téléphonique, la réponse de sa mère est froide. Elle refuse de continuer à lui parler. Un an plus tard, en mars 2004, la guerre n’est pas finie mais la mémoire s’est remise en marche. Quand viens-tu me voir ? demande la mère. N’en as-tu pas le courage ? Il faut répondre sans délai. Je viens le mois prochain, décide brutalement Salah. Isabelle Lagny

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Les livres de Salah Al Hamdani


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Le livre de Salah Al Hamdani "Le retour à Bagdad" carnet de voyage après 30 ans d'éxi...